Un groupe culte et de bonnes vieilles recettes

C’est un groupe culte au sein duquel les rôles sont bien définis: dès qu’il est question de nouvel album, Boris Blank se met tout d’abord à triturer de nouveaux sons dans son studio. Cela peut durer des mois, parfois même des années. Quand les ébauches ont une structure assez solide, Dieter Meier entre en jeu. Il s’empare du matériel et part à l’autre bout du monde pour y écrire les textes. Les deux membres de Yello travaillent donc l’un après l’autre, et non ensemble. C’est ainsi depuis ce qui semble une éternité. Et le résultat artistique, au fond, n’a pas beaucoup changé pendant les 42 ans d’existence du groupe.

Ce nouvel album studio, intitulé «Point», en est la preuve. Dès le premier morceau, «Waba Duba», on retrouve ce rythme tribal typique, pressé et nerveux. Boris Blank livre avec son synthétiseur des accents rythmiques qui rappellent vaguement un saxophone baryton. C’est là aussi une marque de fabrique du duo. Et de temps à autre, un cri de joie retentit à l’arrière-plan. Le tout rappelle immédiatement le célèbre morceau électro «Bostich» de 1981 ou le tube «The Race» de 1988. Seul le chant parlé de Dieter Meier n’est pour une fois pas clairement soufflé ou stoïquement profond, mais déformé de manière inhabituelle.

Sur «Point», tout est presque comme d’ordinaire, même si les sons tirés de l’ordinateur de Blank ont été discrètement mis au goût du jour. L’opus est comme toujours ludique et cool, parfois marrant, mais presque jamais inepte, et en même temps toujours un peu stérile et académique – bref, c’est du Yello.

S’agit-il de constance ou d’auto-plagiat? Quoi qu’il en soit, on n’est jamais vraiment surpris par ce quasi sur place de toujours bonne facture. Yello est aussi capable de faire autre chose, il le prouve en tout cas sur le morceau électronique dansant mid-tempo «Way Down». On y entend en effet quelque chose qui ressemble à un vrai chant et la patte du groupe est presque méconnaissable. «Big Boy’s Blues» sort lui aussi du rang. Ce morceau saturnin, avec ses percussions trépignantes et ses samples de guitare carrés, sonne presque déjà comme du rock’n’roll.

Par ces écarts, «Point» marque des points, mais la plupart des douze morceaux rappellent un air déjà connu. Le duo se recycle lui-même et, souvent, ne parvient plus tout à fait à capter l’air du temps. Cela ne gênera pas les fans du groupe, mais il est peu probable que Yello s’en fasse beaucoup de nouveaux avec cet album.

Marko Lehtinen

 

Yello: «Point». Universal Music, 2020

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