Leysin accueille 57,7 % d’étrangers mais vit à l’abri du monde

La commune de Leysin a la plus forte proportion d’étrangers de Suisse. La station, avec ses anciens sanatoriums recyclés en écoles internationales, constitue une oasis de diversité culturelle.

C’est une station de montagne reliée à la plaine par un train et une route. Elle est protégée des vents du nord et exposée plein sud. Ses habitants forment un mélange de montagnards de souche et d’expatriés venus des quatre coins de la planète. Certains d’entre eux ont installé définitivement leur vie à 1300 mètres de hauteur. Voici Leysin, village placé sur la carte du monde au XIXe siècle par des entrepreneurs suisses ayant flairé le filon du soleil et de l’air pur. Ils ont fondé l’économie locale sur la lutte contre la tuberculose, bâtissant des hôtels-hôpitaux sur la pente abrupte qui surplombe le village. Mais la pénicilline a mis fin à cette ère. Après un passage à vide dans les années 1950 et 1960, les sanatoriums se sont transformés en écoles privées.

«Ce n’est pas un lieu où l’on passe, mais où l’on vient exprès», note Christoph Ott, un enfant du pays, binational, qui dirige avec son frère la Leysin American School (LAS). Cette école pour enfants de familles aisées – 100 000 francs de frais d’écolage annuels – a été fondée par leurs grands-parents, venus du North Dakota. Au total, 25 % environ des quelque 4000 résidents de Leysin sont de jeunes étrangers. Ils se répartissent dans les trois grandes écoles internationales de la station: la LAS, l’école japonaise Kumon et la Swiss Hôtel Management School (SHMS). Jean-Daniel Champagnac, président du groupe socialiste au sein du Conseil communal décrit ces 1000 étudiants comme des «touristes à long terme.» Leur présence générerait environ 25 % du PIB de la commune, estime le syndic, Jean-Marc Udriot.

Une vie estudiantine en vase clos

Les élèves asiatiques, africains, arabes, russes, anglo-saxons, ne se mélangent guère à la population. Leurs écoles organisent tout pour eux et les sorties au village sont limitées. L’alcool est prohibé pour les élèves des écoles américaine et japonaise. Le village, qui compte deux boulangeries et trois supermarchés, ne propose pas de night-club. Celui de la SHMS est réservé à ses 500 élèves. Les futurs managers sont installés dans l’imposant hôtel du Mont-Blanc. Avec ses balcons plein sud, initialement prévus pour les tuberculeux, il a aussi appartenu au Club Méditerranée. «Nous avons installé ici 600 lits pour nos élèves. C’est la présence d’autres écoles et l’ouverture au monde de Leysin qui rendent possible une telle opération dans une si petite commune» note Florent Rondez, CEO Swiss Education Group, qui a racheté le palace.

Écart entre le haut et le bas de la station

Christoph Ott est conscient de l’écart qui existe entre le haut du village, au Feydey, où ont été érigés dès la fin du XIXe siècle les hôtels-sanatoriums, et le bas, où vivaient 300 personnes. C’était avant l’arrivée du train Vevey-Le Feydey, en 1900. La station compte aujourd’hui quatre gares et le réseau ferroviaire devrait encore se développer! «Notre école s’investit pour créer des ponts au-delà des clivages», indique le directeur de cet établissement, dont les activités sont réparties sur 16 bâtiments. Membre du Conseil communal, marié à une Polonaise, ce docteur en économie a par exemple, proposé à des élèves de son école d’aller donner des cours d’anglais à des personnes installées dans le centre pour requérants d’asile de Leysin, qui héberge une soixantaine de personnes. Durant les festivals organisés dans la station, des jeunes des écoles internationales donnent un coup de main.

Le personnel des écoles privées constitue aussi une communauté un peu à part. Formée pour moitié d’enseignants, elle comporte 150 personnes à la LAS, 100 à la SHMS et 51 à la Kumon. À l’école japonaise, le directeur, John Southworth, indique que certains enseignants sont à Leysin depuis plus de 20 ans, avec une moyenne de 11 ans de présence. Certains parlent couramment français, d’autres uniquement anglais, «ce qui est un peu regrettable», concède-t-il. Arrivé à Leysin en 1994, cet Anglais, qui parle japonais et français, plaisante en se décrivant comme étant «marié à Kumon». Son collègue, le directeur financier Riki Okura, a deux enfants, scolarisés à l’école publique. Cela favorise les contacts avec les autochtones, même si c’est sans comparaison avec ce qu’il avait vécu aux Etats-Unis, où il était invité à une party une fois par semaine. «Les gens du coin ont leur vie à eux, familiale notamment», commente-t-il.

Patients et descendants de patients

Une autre tranche du sandwich sociologique de Leysin est constituée par des patients, leurs visiteurs et leurs descendants. Erica André, une Sud-Africaine arrivée à Leysin en 2001, s’est mariée à Marc-Henri André, un Leysenoud issu lui-même d’un mariage mixte. Le père de ce dernier était venu se faire soigner contre la tuberculose. «La présence d’étrangers, de couples mixtes, a facilité mon intégration. Je ne me suis jamais sentie étrangère», se réjouit cette vétérinaire, qui raconte soigner – entre autres – des chats d’enseignants japonais. Le directeur de la SHMS, le Portugais Virgilio Santos, a des jumelles scolarisées sur place. Elles parlent avec l’accent du coin. Il faut ajouter à cette communauté mixte, l’immigration venue du sud de l’Europe.

Ce monde suspendu entre ciel et plaine semble couler une vie paisible, à l’abri du bruit et des sollicitations de la ville, mais aussi de la richesse ostentatoire. Durant notre venue, un lundi hors saison, la station semblait en pleine hibernation. En haut, les immeubles sont bâtis en hauteur et sont espacés. En bas, le village est dense et bas. «Nous avons une immigration de bonne qualité et pas de tensions», résume le président du Conseil communal, Serge Pfister, qui enseigne à Lausanne. La vie politique semble apaisée par le climat réputé sain de Leysin. Jean-Daniel Champagnac, originaire de France voisine, décrit ainsi les séances du Conseil communal comme consensuelles.

Vote étranger

Dans une commune où les résidents étrangers peuvent voter – après dix ans d’établissement – , le Conseil communal accueille des élus dont le français est parfois mâtiné d’un accent étranger. Cette présence cosmopolite a-t-elle changé quelque chose dans la vie de la commune ? «C’est dur à dire», avoue le président du Conseil, qui a pris ses fonctions en 2018. Pour le Leysenoud Marc-Henri André, voter aurait dû rester une prérogative des seuls Suisses, mais ce dessinateur-architecte considère que l’impact de ce vote a été nul sur la politique locale. «Leysin est constitué de petites communautés qui vivent entre elles sans constituer de majorité. Les Suisses eux-mêmes ne sont pas majoritaires et de ce fait, ils mettent un peu la sourdine. C’est ainsi que ça fonctionne entre les gens.»

57,7 %, le record national de résidents étrangers

En 2017, 57,7 % des 4032 habitants de Leysin étaient étrangers, alors que le taux moyen en Suisse était de 25,1 %, selon l’Office fédéral de la statistique. C’était le record national. Ce taux est descendu à 55 % fin 2018. Cette année-là, la commune a compté 100 nationalités, dont 446 résidents chinois, 282 Français, 215 Portugais. 162 Japonais, 135 Américains.

Un village d’où l’on ne part plus

«Je n’ai jamais trouvé ailleurs un lieu égal à Leysin.» C’est une petite musique que l’on entend souvent à Leysin. Les résidents peinent à définir exactement les raisons de l’attractivité de la station. L’artiste leysenoud Nicolas Vaudroz, qui aime randonner seul dans la neige, raconte que cet endroit dispose de lieux «qui vibrent et où il fait bon méditer.» Le directeur de l’école japonaise, John Southworth, loue pour sa part la sécurité des lieux. Virgilio Santos, de la SHMS, se réjouit quant à lui du calme absolu qu’il retrouve chez lui. Christoph Ott apprécie l’accès direct à la nature et la possibilité de laisser ses enfants traverser la station en toute sécurité. «Le secret, estime Erica André, vient du fait que les Suisses du coin ont souvent beaucoup voyagé, ce qui crée de l’ouverture». Des hippies, grimpeurs,

backpackers

, y ont contribué. Dans les années 1960 et 1970, leur point de ralliement était une auberge devenue mondialement culte: «Le Club Vagabond».

Commentaires (11)
  • Armin Heinzmann, Florida, USA
    Armin Heinzmann, Florida, USA à 28.03.2020
    Na ja, interessant, aber hat absolut keine Relevanz betr. der Probleme, mit welchen wir in der Schweiz betr. Migration konfrontiert werden, nämlich massiv höhere Gewalt, Kriminalität, Vergewaltigungen und anderer Delikte. Der Ausländeranteil in den Schweizer Gefängnissen liegt bei über 70% und wenn man alle mit Migrationshintergrund dazu nimmt, dann sind wir bei 90%. Das sollte zu denken geben.
    Erstens sind in Leysin vorwiegend arbeitende Migranten und zweitens auch viele Asiaten. Das ist bekanntermassen eine Kombination, die sehr wenig zu Kriminalität führt. Leider zielt ein grosser Teil der schweizerischen Migration auf Wirtschaftsflüchtlinge, von der ein grosser Teil arbeitsunwillig ist und auch unwillig, sich unsere Gesetzen und/oder Gebräuchen anzupassen. Das ist, was aktuell in der Schweiz total schief läuft und zwar schon seit 30 Jahren.
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    • Marc Lettau, Redaktion "Schweizer Revue"
      Marc Lettau, Redaktion "Schweizer Revue" à 30.03.2020
      Faktencheck
      Die Zahlen, die das Bundesamt für Statistik (www.bfs.admin.ch) zur Kriminalität in der Schweiz festhält, sind anders als im obigen Kommentar vermerkt. Die BFS-Zahlen für die rund 73'700 begangenen Straftaten im Jahr 2019 (in Klammer die Zu- oder Abnahme) sind beispielsweise:

      Schweizerinnen und Schweizern: 39'904 Beschuldigte (+3,4%) In der Schweiz lebende Ausländer: 25'859 Beschuldigte (2,8%)
      Personen aus dem Asylbereich: 3'163 Beschuldigte(-12,3%)
      Personen mit Wohnsitz im Ausland: 12'783 Beschuldigte(–1,6%)
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    • Jean-Daniel Champagnac, Leysin
      Jean-Daniel Champagnac, Leysin à 31.03.2020
      What is the point of your comment. This is not an article about the socio-economic problems in Switzerland (and your own fears), but about a small village in the Swiss Alps. Take a deep breath, enjoy the sun, and come to visit us, I you feel good!
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    • Pertuiset Robert, France
      Pertuiset Robert, France à 31.03.2020
      Pas qu'en Suisse, partout en Europe beaucoup en France avec notre système sociale favorable au détriment des Français.
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  • Olga E. Turcotte, Cambridge, USA
    Olga E. Turcotte, Cambridge, USA à 28.03.2020
    This is a beautiful article; thank you for writing it. I spent four years at ACS (The now-extinct American College of Switzerland) in the late 70's and your article brought back many good memories. I have not been back to Leysin in a while, but hope to do so, once this is all over.
    The mountains of Switzerland are magical, as Thomas Mann also said; maybe he was writing about Leysin, as we would like to think...
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  • Erwin Balli-Ramos, Denia, Spanien
    Erwin Balli-Ramos, Denia, Spanien à 31.03.2020
    Sehr geehrter Herr Lettau,
    Wenn man die realen Fakten nimmt sieht die Sache ganz anders aus.
    Besten Dank, Erwin Balli
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    • Arye Ophir, Israel
      Arye Ophir, Israel à 23.04.2020
      Und, Herr Balli, wie sehen die realen Fakten aus? Sagen Sie es uns doch!
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  • Erich Steinböck, Sun Valley, Idaho, USA
    Erich Steinböck, Sun Valley, Idaho, USA à 31.03.2020
    Danke für den Artikel. Obwohl die verschieden Gruppen in Leysin voneinander Abstand halten (das gilt auch für die drei großen Privatschulen), hat man in Leysin das Gefühl von gegenseitiger Akzeptanz und Respekt zwischen den Schweizer und Ausländer. Ich komme seit acht Jahren jeden Herbst und Frühjahr um ein paar Wochen zu unterrichten und freue mich immer auf mein "home away from home."
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  • Kalissa Fagin, Washington State, USA
    Kalissa Fagin, Washington State, USA à 16.04.2020
    Thank you for the delightful commentary. My visits with family in Leysin have been highlights in my life. I raised my children in a rural\small town setting in the USA. I have loved seeing my grandchildren blossom in this community.
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  • Anthony Saccacio, Los Angeles
    Anthony Saccacio, Los Angeles à 19.04.2020
    This article brought me back. When I was 14 my parents were kind enough to send me to Leysin for Summer School from my home in Irvine CA. Yeah, I had to study Algebra, but for 2 weeks I got to live overseas in the country I was born in. Even better, The Leysin Rock Festival that year featured my favorite band from the time INXS (1991). I met some great people and regret not staying in touch with them. This article brought back so many great memories that I had forgotten, thank you for writing it.
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  • Dr Patrick LUSTENBERGER, France
    Dr Patrick LUSTENBERGER, France à 04.06.2020
    La lecture du reportage sur Leysin m’amène au commentaire suivant. Il est écrit dans le 1er paragraphe que l’économie locale basée sur la lutte contre la tuberculose trouvé sa fin avec la pénicilline.
    Ce n’est pas la pénicilline mais les antibiotiques anti tuberculeux, historiquement la streptomycine. Ensuite en raison de ses effets secondaires elle a été remplacée par un autre aminoside, l'amikacine et par la rifampicine qui sont encore utilisés, associés aux antituberculeux majeurs. Il faut surtout retenir que les années 1950 ont vu l’apparition des premiers vrais médicaments antituberculeux, mettant fin à l’isolement et l’héliothérapie.
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