Le service civil est en pleine forme et l’armée perd des plumes

Des milliers d’appelés préfèrent offrir à la patrie 368 jours de travail communautaire plutôt que de faire l’armée. Le Conseil fédéral veut resserrer cette voie, ouverte par des jeunes réfractaires dans les années 1970.

Un civiliste en pleine action, servant le repas de midi dans une école de Kehrsatz, près de Berne. Photo Keystone

La provocation en route vers le service civil: des protestataires déposent leurs armes et uniformes devant le Palais fédéral (22 avril 1971) Photo archives màd

Aujourd’hui, un jeune qui souhaite servir son pays «autrement qu’en gardant un pont avec un fusil», comme dit le jeune civiliste Léo Tinguely, 21 ans, peut choisir d’effectuer un service civil. Le pays lui demandera de faire la «preuve par l’acte» de son désir d’objecter au service militaire. Ce concept consiste à multiplier par une fois et demi les jours dûs à la Nation, soit 368 jours à la place des 245 prévus pour les soldats.

De nombreux Suisses jugent que le jeu en vaut la chandelle. «J’ai adoré cette expérience», raconte Samuel Christen, 31 ans, qui a effectué son service civil dans une clinique au Noirmont (JU). Sa mission comme technicien de service a permis à ce polymécanicien, non pas de progresser dans son métier, mais «d’aider son pays sans payer la taxe militaire». A 43 ans Milan*, haut-fonctionnaire à l’Etat de Genève a fait son école de recrues en 1995 dans les chars à Thun, avant de bifurquer vers le service civil (créé en 1996). «J’ai vu les deux côtés de la médaille et au moins je n’ai pas été traître à la patrie», dit cet ancien journaliste né en ex-Yougoslavie, qui déclare avoir ressenti une répulsion épidermique à se servir d’une arme. Lors d’un exercice de tir, un caporal, qui jugeait ses performances médiocres, lui avait demandé d’imaginer qu’il tirait sur un homme des Balkans. «Je lui ai montré mon nom sur mon uniforme», se rappelle Milan. Le jeune universitaire servira ses jours restants dans une ONG de défense des droits de l’homme, puis comme professeur de gym au Service des Loisirs de la Jeunesse.

L’aptitude au service militaire comme condition du service civil

Depuis 2009, les Suisses qui souhaitent suivre cette voie non-guerrière, n’ont plus à passer un examen de conscience devant une commission. Ils doivent cependant être aptes au service militaire et aller chercher leur mission civile tout seuls. C’est ce que raconte Léo Tinguely, étudiant en sociologie et en travail social à Fribourg, qui a fait son service civil au sein du Tremplin, une fondation d’aide aux personnes toxicomanes. «Le recrutement dure deux jours. On nous parle comme à des bêtes et on passe beaucoup de temps à attendre», estime Léo, qui regrette que durant son recrutement, en décembre 2016, aucune information n’ait été donnée au sujet du service civil. Léo n’a pas simulé une maladie. Il a fait sa demande à l’issue du recrutement, devant un haut-gradé, qui lui a communiqué son affectation militaire pour février. Il a dû aller vite pour remplir les démarches en vue du service civil, qui se déroulent intégralement sur Internet. Léo a commencé sa mission au Tremplin en octobre 2017, effectuant 313 jours de travail. Il lui reste encore environ 40 jours pour boucler l’opération.

La durée supérieure du service civil est généralement ressentie comme une contrainte, ainsi que les démarches pour y accéder, mais les civilistes, outre l’intérêt intrinsèque qu’ils prêtent à leurs missions, pointent de nombreux avantages par rapport au service militaire. Le premier est la possibilité de rentrer chez soi le soir. Le deuxième a trait au défraiement de cette activité en plus des sommes versées aux appelés par l’Assurance perte de gains. Léo a touché 500 francs supplémentaires de la part du Tremplin, pour un total de 2300 francs mensuels. Mieux qu’à l’armée. Autre bénéfice, la délivrance de certificats de travail. «J’ai pu faire valoir mon expérience dans l’ONG où j’ai fait mon service civil», raconte Milan, ce qui n’aurait pas été le cas avec un service militaire, même si celui-ci peut dans certains cas ouvrir des portes.

Le Conseil fédéral veut freiner le service civil

Le service civil répond des besoins dans le social, la santé et l’éducation et il séduit de plus en plus de jeunes. Entre 2010 et 2017, le nombre de jours effectués au sein du service civil a plus que doublé, passant de 878 000 à 1,78 millions, avec 6785 admissions en 2017 et près de 48 000 civilistes listés à la fin de cette année-là. Alerté par ce succès, le Conseil fédéral a lancé une offensive visant à diminuer l’attractivité du service civil. Il a décidé de s’attaquer en particulier aux hommes ayant déjà fait du service militaire et souhaitant le quitter. Objectif de ces mesures? «Faire respecter le principe selon lequel, il n’y a pas de libre choix entre le service militaire et le service civil», indique le Conseil fédéral, ce qui est ambigu, puisque c’est la «preuve par l’acte» qui est prise en compte. Le gouvernement s’inquiète en particulier d’une fuite de ses cadres et spécialistes vers un service non-armé. En 2018, sur 6205 admissions, 2264 provenaient en effet de militaires ayant terminé leur école de recrues avec 350 d’officiers et sous-officiers. Le gouvernement pointe «une perte de connaissances et de compétences en matière de conduite et la perte de savoir-faire technique».

Le choix de la petite porte pour éviter l’armée

Les critiques contre cette politique sont nombreuses. Lui-même civiliste en 2004, le conseiller communal socialiste lausannois Benoît Gaillard dénonce une fuite des appelés par la «petite porte». Le taux moyen d’aptitude au service militaire varie entre 83 % et 55 % selon les cantons. «Aujourd’hui, le non à l’armée, c’est l’inaptitude au service sur la base d’un certificat plus ou moins sérieux, or il faudrait plutôt encourager le service au pays. En fait, le Conseil fédéral est sous la pression de la droite et ne veut pas donner l’impression de favoriser des solutions alternatives au service militaire. Il préfère donc tolérer la sortie du militaire par la petite porte.» L’élu juge aussi que ce système exclut les femmes.

«La vocation de l’armée suisse n’est pas mauvaise», dit Milan, qui juge que «celle-ci devrait développer une autre narration, afin d’attirer plus de jeunes». Et la défense du pays en cas d’agression? «Une illusion, car c’est opposer un timbre poste à des puissances nucléaires. Il faudrait plutôt une armée tournée vers des missions de pacification», avance l’ancien soldat.

*Prénom d’emprunt.

Lire la suite:  Hommage à des pionniers du service civil

Commentaires (5)
  • Klemenz Trutmann, Spanien
    Klemenz Trutmann, Spanien à 24.05.2019
    Je souhaiterais vivement que l'on traite un sujet dont des centaines de "petits retraités Suisses"sont victimes de la part de la "LAMAL"
    En effet cette dernière nous oblige à rester assuré en Suisse avec des primes "plein pot" dont les "caisses se font "un profit légalement scandaleux.
    En exemple : nous payons pour un couple 2X300 chf (600chf), nos Caisses exigent de nous faire rembourser par la SECU Espagnole. Celle-ci , nous dit, faites vous rembourser là ou vous payez vos primes?Logique - non? Cela provient d'un accord , LAMAL, mal fagoté par de naïfs fonctionnaires qui s'imaginaient que l'Espagne allez respecter des accords qui n'étaient pas en leur faveur?
    Autre point, nos assurance de base stipulent que nous avons le libre choix du médecin ,mais sans préciser que ce n'est qu'en Suisse.En Espagne ce n'est que la SECU.
    Ex: En Espagne il n'y a pas d'équivalent et lorsque que nous envoyons des factures de notre médecin de famille en ES , la SANITAS ou ASSURA, nous les retournent en nous disant de nous adressé à la SECU. ou de nous payer une assurance de luxe en plus en ES? Plus possible dépassé 70 ans. en plus il faudrait être accepté(santé)
    Au nom de tous ces petits retraités je demanderai que l'ORG. DES SUISSES mettent toutes ses compétences - Juristes - journaliste -responsable en charge de s'attaquer à cet accort bidon de la LAMAL. Je suis disposé à donner connaissance de toutes les pièces qui pourraient intéresser ces responsables l'OSE. Il faut savoir que pour avoir un rdv à la sécu (urgent) vous risquer d'attendre des semaines voir des mois..??
    A bon entendeur
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    • Willy Egli, Frankfurt am Main
      Willy Egli, Frankfurt am Main à 27.05.2019
      Was bitte hat dieser Beitrag mit dem Zivildienst zu tun?
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  • Marcel Ellenstein, Zürich
    Marcel Ellenstein, Zürich à 24.05.2019
    Ich habe beide Seiten gesehen. Ich habe meine RS als Sanitäter gemacht. Leider war unseren Vorgesetzten Sachen wie Zimmerordnung und Strammstehen oder uns grundlos anbrüllen weit wichtiger, als die Ausbildung zum Sanitäter. Darum konnten die meisten nach der RS nicht einmal einen anständigen Verband anlegen. Darum habe ich dann in den Zivildienst gewechselt. Ich habe diverse Zivildienst-Einsätze an verschiedenen Orten gemacht. Dabei konnte ich jeden Tag etwas bewegen und habe auch sehr viel gelernt . Ich komme daher zum eindeutigen Schluss, dass meine Zeit beim Zivildienst eindeutig ein Dienst am Vaterland war, meine Zeit beim Militär hingegen war es eindeutig nicht.
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  • Tobias Munz, Hamburg
    Tobias Munz, Hamburg à 03.06.2019
    Wenn in einem Restaurant das Schnitzel nicht bestellt wird, weil die Pasta besser schmeckt, kann es nicht Ziel des Wirtes sein, die Pasta weniger schmackhaft zu machen. Nein, er muss der Ursache auf den Grund gehen, warum das Schnitzel nicht bestellt wird und dieses verbessern. Also, die Regierung in der Schweiz müsste sich dringend - und zwar seit mehreren Jahrzehnten - überlegen, welches jetzt und in Zukunft die Aufgaben einer Armee in der Schweiz sind und diese derart umbauen, dass sie wieder an Attraktivität gewinnt.
    Ja, ich habe vor über 20 Jahren auch Zivildienst gemacht, und zwar genau auch deshalb, weil ich nicht "mit dem Gewehr eine Brücke bewachen wollte" (toller Vergleich, Léo Tingely!). Schon damals war für mich der Militärdienst sehr unattraktiv im Vergleich mit den Aufgaben eines Zivi.
    Schweiz, sieht der Realität in die Augen und trau dich, heilige Kühe endlich zu schlachten!
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  • Maurice de Coulon, Deutschland
    Maurice de Coulon, Deutschland à 08.07.2019
    Als ein 1966 mit einer Deutschen verheirateter, im Jahre 1968 nach Bayern emigrierter Welschschweizer des Jahrgangs 1944, regt mich dieser Beitrag zu folgender Stellungnahme.
    1964 absolvierte ich nach meiner Matura die Grundausbildung der Rekrutenschule. Erst anlässlich dieser bald als sinnlose Zeitverschwendung beachteten Beschäftigung entdeckte ich, dass ich eigentlich ein bedingungsloser Pazifist war. Anschließend machte ich, als „Wiedergutmachung“, ein freiwilliges Soziales Jahr in Marokko beim Internationalen Christlichen Friedensdienst EIRENE.
    Nach meiner Rückkehr stellte sich für mich die Frage: Verweigerung und Gefängnisstrafe, und wie oft danach ? – weil es kein Zivildienst gab und weil meine Verweigerungsgründe als (damals) Atheist nicht sofort dazu geführt hätten, mich aus der Armee auszuschließen – oder, weil auch frisch verheiratet, in die Heimat meiner Ehefrau auswandern? Letzteres zog ich vor, da ich ihr nicht zumuten wollte, möglicherweise einige Jahre, immer wieder für mehrere Wochen ins Gefängnis zu kommen. Soweit zu dem mein Auslandsschweizer Dasein auslösendes biographisches Ereignis. Nun aber zum Thema.
    Ich bin der Meinung, dass es wichtig ist, für alle Bürgerinnen und Bürger ein Gemeinwohldienstjahr für das Land zu absolvieren und ihnen frei zu stellen, ob sie dies als Zivildienst oder als Wehrdienst leisten wollen. Sollte dies dazu führen, dass es nicht mehr genug Freiwillige für den Wehrdienst gibt, müsste man, solange nicht ganz auf die Armee verzichtet wird, auf den Einsatz von bezahlten Wehrdienstangehörigen zurückgreifen.
    Denn, es ist m.E. absolut unwürdig, und es sollte deshalb auch grundgesetzwidrig sein, eine Motivationsprüfung als Voraussetzung für ein Dispens vom Wehrdienst zu verlangen. Der Schweizer wird eben NICHT als Soldat geboren, sondern nur als Mensch. Ich bin zudem nicht nur der Meinung, dass die Schweiz sehr gut ohne Armee auskommen könnte, sondern sehe keinen Sinn darin, überhaupt eine Armee in den Dienst des Friedensschaffens zu stellen.
    Eine Armee, auch nur der potenziellen Abwehr eines Angriffs dienend, ist ein Gewaltwerkzeug, das durch seine Anwendung nur wieder Gewalt hervorruft. Die einzige richtige Alternative zur Gewalt ist die vollkommene Abrüstung und die Stärkung einer dem Gemeinwohl und der friedlichen Konfliktbearbeitung dienenden Struktur. Konsequenterweise muss die Herstellung von, und der Handel mit Waffen ganz aufgegeben werden. Nur dann wird der Staat sich auf die Schaffung von echt friedensstiftenden Strukturen konzentrieren, und sich der Bildung von diesen Zielen dienenden Bürgerinnen und Bürger widmen können, kompromisslos!
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