«La démocratie directe apaise les tensions»

Dans neuf mois, on votera en Suisse. Interview du politologue Michael Hermann sur la fin de certains tabous, la «cohésion interne» et l’état de la démocratie suisse.

Der Berner Michael Hermann ist einer der profiliertesten Politikbeobachter der Schweiz. Der Sozialgeograf und Politikwissenschaftler leitet die Forschungsstelle Sotomo in Zürich. Foto R. Ruis

«Revue Suisse»: M. Hermann, il y a trois ans, les Britanniques ont voté en faveur de la sortie de l’UE et les populistes de droite ont fêté cette victoire électorale en Europe et ailleurs. À cette époque, l’UDC, parti nationaliste et conservateur, a essuyé à l’inverse un sérieux revers. Comment l’expliquez-vous?

Michael Hermann: Ce que l’on observe actuellement dans différents pays a déjà eu lieu en Suisse. L’ascension de l’UDC a commencé dans les années 1990. La relation à l’Europe, l’immigration, la globalisation, les changements économiques et sociaux: ces thèmes, qui intéressent de nombreuses personnes, ont imprégné la vie politique de manière plus rapide et plus immédiate à cause de la démocratie directe. Des initiatives populaires ont été lancées, déclenchant des débats virulents et passionnés. Des tabous ont été brisés. Les décisions du peuple suisse ont fait du bruit en Europe.

L’interdiction des minarets, la votation contre l’«immigration de masse», le renvoi des étrangers criminels, le «non» à la naturalisation facilitée des secondos.

Tout à fait. Des journalistes étrangers m’ont appelé et m’ont demandé des explications. Un journal britannique a titré: «Switzerland: Europe’s Heart of Darkness.» Les affiches provocatrices de l’UDC ont également surpris. Puis il y a eu la victoire électorale de l’UDC en 2015 et le glissement à droite. Mais depuis, la situation s’est calmée. Avec un réflexe typiquement suisse, les électeurs ont bridé une certaine prise de pouvoir par l’UDC. Aujourd’hui, les choix politiques de la Suisse sont à nouveau plus mesurés et la population s’est elle-même exprimée à maintes reprises contre une extension de la démocratie directe au détriment de l’État de droit. Nous avons déjà traité et intégré dans notre système les thèmes qui sont actuellement abordés en Europe et aux USA.

Le système suisse est à la recherche d’un équilibre. Mais le pays est-il encore réformable? D’importantes réformes, comme celle sur la prévoyance vieillesse, ont été stoppées par les urnes.

La démocratie directe s’imprègne rapidement des préoccupations des gens, apaise les tensions et résout les conflits. Elle a de nombreux avantages, mais la réformabilité n’en fait pas partie. Et cela a toujours été. Comparé aux autres pays européens, il nous a fallu une éternité pour introduire l’AVS et le droit de vote des femmes. Former des alliances pour éviter le combat électoral permanent est désormais un défi difficile à relever. En effet, l’UDC et le PS préfèrent camper sur la ligne politique de leur parti plutôt que de chercher un compromis. Sur le fond, leurs divergences ne sont pas souvent flagrantes. Lors de la réforme de la prévoyance, l’UDC néolibérale s’est opposée au PS social-démocrate uniquement sur une différence de 70 francs sur la rente.

Quel impact la perte de vitesse du centre peut-elle avoir sur la Suisse?

N’ayant pas de système d’alternance politique, les élections ne consistent pas, pour un parti, à rester ou à accéder au pouvoir. Les électeurs ne peuvent qu’aiguiller les choses: un peu à gauche, un peu à droite, progressiste là, conservateur ici, un peu plus vert. Cette tendance n’est pas favorable aux partis du centre qui, comme le PDC, n’ont pas d’orientation clairement définie. Leurs points forts consistent à bâtir des ponts ou à forger des compromis. Mais si le centre se rétrécit, la «cohérence interne» du système risque d’être affaiblie.

Pourquoi la social-démocratie parvient-elle à conserver son pourcentage de voix en Suisse alors qu’elle s’effondre dans de nombreux pays d’Europe?

Contrairement aux partis sociaux-démocrates européens, le PS s’est clairement positionné à gauche. Son programme est donc clair. Mais bien avant cela, il s’était déjà fait l’écho de thèmes écologiques et sociaux qui lui ont permis de gagner des voix parmi de nouvelles couches électorales et de devenir moins dépendant du vote ouvrier. Il n’a jamais gouverné seul en raison du système suisse de partage du pouvoir. Même s’il est représenté au Conseil fédéral, il peut également être dans l’opposition au Parlement.

Dans certains pays, la poussée des populistes de droite suscite des inquiétudes pour la démocratie. La presse et l’«establishment» sont attaqués. Des «fake news» et des campagnes de dénigrement sont lancées sur Internet. Contrairement à ces pays, la Suisse est-elle toujours un modèle de démocratie?

La Suisse est un pays stable où l’économie est florissante. Le système empêche le développement de figures ou de partis autoritaires. Cependant, la démocratie suisse a aussi des problèmes. Le système de milice s’érode et nombreux lobbyistes siègent au Parlement. Le financement des partis manque de transparence et aucune limite n’est fixée. Enfin, le système des médias s’effrite à grande vitesse, car les journaux ne sont plus soutenus par le modèle économique. Grâce à leurs profondes ramifications dans les régions, les médias ont pourtant toujours été un pilier de la Suisse fédérale.

Commentaires (2)
  • R. Stritt
    R. Stritt à 30.01.2019
    SVP-Politik bis zu einem gewissen Punkt ja, aber nicht zu weit gehen. In der Flüchtlingspolitik würde ich Hilfe in den betroffenen Ländern lieber unterstützen als die Aufnahme in Europa. Dabei muss überwacht werden, dass die Gelder zweckgebunden verwendet werden. Im Falle der Aufnahme der Flüchtlinge in Europa, müssen die betroffenen Personen gewillt sein, die Sprache zu erlernen und sich den Landesgewohnheiten anzupassen. Als Auslandschweizer müssen wir uns auch den Gewohnheiten des Gastlandes anpassen oder diese wenigstens akzeptieren.
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  • Erwin Balli-Ramos
    Erwin Balli-Ramos à 02.03.2019
    Sehr geehrter Herr Stritt,
    Richtig so, jedoch nur teilweise, denn die SVP politisiert mit nachweisbar falschen Argumente und/oder mit falschen Bedrohungsszenarien. Überwachte Direktinvestitionen statt zweckgebundene Gelder, oder noch besser, sämtliche Gesetze und Subventionen zum Schutz unserer
    teuren Nahrungsmittelproduktion aufheben und diese in den Entwicklungsländer direkt kaufen. Ist es doch staatlich verordneter Unsinn in einem Hochlohnland Grundnahrungsmittel zu produzieren. - Ketzerisch, jedoch effektiv...
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