Berne met sous pression les réfugiés de la dictature érythréenne

Les réfugiés d’Érythrée au bénéfice d’une admission provisoire font l’objet d’une campagne de réexamen de leur situation. Les retours forcés n’auront pas lieu, mais la diaspora craint de replonger dans l’insécurité.

La ministre de la Justice Simonetta Sommaruga entourée de demandeurs d’asile: la Berne fédérale exerce une pression accrue sur les personnes qui ont fui l’Érythrée en particulier. Photo: Keystone

La diaspora érythréenne, le groupe de réfugiés le plus important vivant en Suisse, est sous pression. Ils et elles sont environ 23 000 à avoir été reconnus comme réfugiés; 9500 sont au bénéfice d’une admission provisoire et 3000 sont en attente d’une décision. Ce deuxième groupe, dont les membres font l’objet d’une décision de renvoi jugée impossible à appliquer, fait l’objet depuis l’été d’une campagne de réexamen. Celle-ci s’est matérialisée sous la forme d’un courrier du Secrétariat d’État aux migrations (SEM) adressé aux détenteurs du livret F. «Nous envisageons de lever votre admission provisoire, ce qui entraînerait l’exécution de votre renvoi de Suisse.»

Envoyée dans un premier temps à environ 200 personnes, la missive a plongé la diaspora en émoi. «Les gens, y compris ceux qui sont au bénéfice d’une situation juridique stable, comme un permis B ou C, craignent de voir leur situation se dégrader», explique Tzeggai Tesfaldet, opposant politique au régime d’Asmara et cofondateur à Genève de deux associations d’aide aux réfugiés. «Par peur, des adolescents ont décroché de leur scolarité», constate Aldo Brina, chargé d’information sur l’asile au Centre social protestant genevois (CSP).

La perte du livret F sera brutale

Les personnes concernées, si elles ne font pas appel, passeront de l’aide sociale à l’aide d’urgence, avec 10 francs de solde par jour, et devront quitter leur logement. «Ces personnes se trouveront logées dans les foyers les plus délabrés. C’est la voie ouverte vers la désintégration sociale», prévoit Aldo Brina. Elles n’auront plus accès au marché du travail.

Pour ce spécialiste des questions d’asile, cette politique vise surtout à dévier les arrivées des Érythréens vers d’autres pays. «En Suisse, les gens ne partiront pas. Ils tomberont dans la précarité ou disparaîtront dans la clandestinité», analyse-t-il.

Les destinataires du courrier – groupe qui sera élargi au fur et à mesure – sont invités à faire part de leurs remarques aux SEM. Le CSP rapporte que la Confédération est déjà revenue en arrière sur plusieurs cas. «Le projet pilote a démontré que dans 9 % des cas, la levée de ces admissions s’est finalement révélée proportionnée et défendable sur le plan juridique, indique Emmanuelle Jaquet von Sury, porte-parole du SEM. Une vingtaine de levées en ont résulté. Plusieurs procédures de recours sont pendantes auprès du Tribunal administratif fédéral (TAF)». Quant aux exclus du livret F, ils pourront «retourner volontairement dans leur pays d’origine sans risque pour leur intégrité», estime le SEM.

Service national et risque de viols

Ce changement de cap vis-à-vis des Érythréens a été opéré en plusieurs sauts juridiques. Le plus récent date de juillet et consiste en une décision du TAF. Celle-ci a trait au service national en Érythrée, rendu obligatoire depuis la guerre avec l’Éthiopie (1998–2000). Certes, le tribunal est «convaincu que des mauvais traitements ont lieu au cours de ce service (…), mais il n’est pas établi qu’ils soient à ce point répandus que toute personne l’accomplissant serait exposée au risque sérieux de subir de telles atteintes».

Le risque de viol pour des femmes enrôlées de force n’est pas non plus jugé comme un critère suffisant. «Les sources ne permettent pas de conclure que chaque femme accomplissant le service national est concernée par une probabilité suffisante de subir de telles agressions», détaille le tribunal. Plus généralement, les recrutements à durée illimitée ne consisteraient pas de façon suffisamment nette en du travail forcé, que le droit international condamne.

Changement de cap radical

En 2006, la Suisse avait décidé d’accueillir tous les déserteurs fuyant un enrôlement forcé sous le drapeau érythréen, faisant passer le taux de reconnaissance des demandeurs d’asile érythréens de 6 % à 82 %. Cette période est terminée. «Les Érythréens constituent le plus grand groupe de demandeurs d’asile en Suisse, il y a donc une immense pression politique pour réduire leur nombre, estime Peter Meier, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés. Le Département fédéral de justice et police y cède de plus en plus.»

«Cette politique n’est pas liée au fait que les réfugiés proviennent de ce pays en particulier, ou à des problèmes que poserait cette population, qui n’en cause pas, mais au nombre de personnes qu’elle constitue, juge Tzeggai Tesfaldet. Ce travailleur social estime que cette dissuasion porte ses fruits, puisque les arrivées diminuent, même si effectivement la fermeture du passage de la Méditerranée centrale joue un rôle important». En outre, les nouvelles demandes d’asile sont désormais examinées sous cette lumière, diminuant les chances d’obtenir une protection.

Bataille sur l’image des réfugiés

Deux arguments, relayés par les médias, ont peut-être pesé sur l’image des Érythréens en Suisse. Le premier a trait à la difficulté qu’aurait cette population à s’intégrer. «Un grand nombre (d’Érythréens) ne possèdent qu’une formation médiocre (…), la plupart ne connaissent pas notre écriture et doivent donc être réalphabétisés», avance le SEM. Une étude du SEM indique que depuis 2002, tous les élèves doivent terminer leur enseignement secondaire au sein d’une école militaire, et que seul un nombre limité est autorisé à suivre des études dans l’un des collèges du pays. Les autres sont forcés d’accomplir leur service militaire.

Autre grief, le fait que certains réfugiés soient retournés dans leur pays pour y passer des vacances. «En 2017, le SEM a retiré le statut de réfugié à quatre ressortissants érythréens en route vers l’Érythrée. Au cours du premier semestre 2018, cette situation a touché neuf personnes», informe Emmanuelle Jaquet von Sury.

Selon un rapport du Bureau européen d’appui en matière d’asile, daté de mai 2015, des Érythréens exilés ont apparemment eu la possibilité d’entrer sur le territoire national pour rendre visite à leur famille. Pour ce faire, ou pour obtenir n’importe quel document officiel, ils doivent obligatoirement s’être acquittés d’une taxe de 2 % sur les revenus exigée par l’Érythrée auprès de tous les membres de la diaspora. «Je ne paie pas cet impôt, qui est utilisé sans aucune transparence et qui prend en otage les droits des réfugiés», précise Tzeggai Tesfaldet.

Parlementaires invités en Érythrée en disent du bien

La perception du régime autoritaire d’Asmara a peut-être été influencée par le voyage en février 2016 de quatre parlementaires. Interrogé sur place par la Radio Télévision Suisse, le conseiller national PDC Claude Béglé, avait notamment jugé que «l’Érythrée s’ouvre». Pour Aldo Brina, cette opération médiatique a contribué à modifier la perception du public, alors que sur le fond, la situation sur place n’aurait pas évolué.

Les déserteurs rapatriés risquent-ils de subir des mauvais traitements? «Étant donné que les observateurs des droits de l’homme ne peuvent pas se rendre en Érythrée et que le Comité international de la Croix-Rouge n’est pas autorisé à visiter les prisons, il est impossible de le vérifier», indique le Bureau européen d’appui en matière d’asile. Quant à la Direction du développement et de la coopération suisse elle s’est vue «obligée de mettre un terme à son engagement de plusieurs années en Érythrée en 2006 au vu des difficultés rencontrées par les organisations d’œuvre d’entraide sur place», selon le SEM.

Un pays qui se vide

Chaque mois, ils et elles sont 5000 en moyenne à fuir l’Érythrée, pays dirigé par Isaias Afeworki et son parti unique. Aucune élection n’y a eu lieu et la Constitution n’est jamais entrée en vigueur. La communauté érythréenne établie en Suisse est estimée à 35 000 personnes. En 2015, environ 25 % des demandes d’asile européennes ont été déposées en Suisse. La diaspora érythréenne compterait au total près d’un demi-million de personnes, pour un pays de 5 millions d’habitants.

Commentaires (11)
  • Reto Derungs
    Reto Derungs à 22.11.2018
    Das Vorgehen des Schweizer Behörden ist völlig richtig. Seit Juli 2018 ist der Krieg zwischen Aethiopien und Eritrea vorbei. Das Land ist auf dem Weg in die Normalität. Wie vielen Berichten zu entnehmen ist, besuchen viele Exileritreer ihr Heimatland ganz offiziell, um beispielsweise Familenenangehörige zu besuchen oder im Krankheitsfall in einem ihrer heiligen Gewässer zu baden. Weder die offizielle Ein- noch die Ausreise stellt ein Problem dar. Viele Europäische Politiker besuchten das Land und berichteten praktisch übereinstimmend, dass sich die Situation deutlich verbessert hat. Unter diesen Umständen ist es nur folgerichtig, dass die Schweiz die Situation neu beurteilt.
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    • D Gut
      D Gut à 23.11.2018
      Absolut einverstanden, dass es Zeit ist, dass die Eriträer in ihre Heimat zurückzukehren und da etwas leisten statt bei uns von der Sozialhilfe leben.
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  • Dracomir Pires
    Dracomir Pires à 23.11.2018
    Die Eritreer sind keine "Flüchtlinge".
    Es handelt sich erwiesenermassen grossmehrheitlich um Wirtschaftsmigranten und/oder Drückeberger vor dem Militärdienst.
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  • Bruno Gasser
    Bruno Gasser à 23.11.2018
    Das Problem ist, solange die Eritreer Geld von der Sozialhilfe bekommen, anstatt Gutscheine, solange fliesst Geld zurück nach Eritrea. Der Präsident von Eritrea kann so zwei Fliegen mit einer Klappe schlagen: Erstens muss er die Infrastruktur für die 38000 Eritreer in der Schweiz nicht bereitstellen und zweitens bekommt er noch Geld dafür! Es ist klar, dass Eritrea ihre eigenen Bürger nicht mehr zurück will! Wäre ja auch nicht klug...
    Fakt ist: Afrika exportiert ihren unvernünftigen Geburtenüberschuss (Verdopplung der Bevölkerung alle 25 Jahre) nach Europa. Das wird nicht mehr lange gut gehen!
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  • ALAIN MARTINOLI
    ALAIN MARTINOLI à 23.11.2018
    LA PAIX EST DE RETOUR CES REFUGIES DOIVENT RETOURNER AIDER LEUR PAYS A LA RECONSTRUCTION. NOTRE PAYS A FAIT CE QU'IL DEVAIT FAIRE LES ACCUEILLIR.
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  • Gaï ROPRAZ
    Gaï ROPRAZ à 23.11.2018
    La Revue des Suisses n'a pas pour fonction de s’immiscer dans les affaires d'autres pays, et surtout de prendre partie. Le problème des réfugies en Suisse n'est pas grand, il est énorme! La Suisse est un bien trop petit pays pour pouvoir accepter toute la misère du monde, quelle qu'en soit l'origine et la raison. Il y a bien des pays sur Terre (Chine, Russie, Canada, Iran, + plusieurs pays d'Afrique) qui disposent d'une surface adéquate. Quand ce n'est pas le chiffre très faible d'habitants au km carré, tel le Canada, l'Argentine, etc... Les arguments (Viols, Agressions, Enrôlement de force, etc...) faisant valoir la nécessité d'accepter ces hordes venues "d'ailleurs" n'a strictement aucun sens, et ne repose que sur une idée socialo-humanitaire obsolète. En fait c'est un crime altérant la souveraineté du pays et de ses habitants.
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  • FLUCKIGER
    FLUCKIGER à 23.11.2018
    En lisant les commentaires ci- dessus, je me dis que la Suisse de Max Frisch est bien loin !
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    • Werner
      Werner à 25.11.2018
      Cher Fluckiger,
      Qu'est-ce qu'il avait dit Max Frisch ?
      Bien cordialement,
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  • Bertiz Benhamid
    Bertiz Benhamid à 23.11.2018
    Genau auf den Punkt gebracht.
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    • Jean-Pierre Papis
      Jean-Pierre Papis à 26.11.2018
      Il est tellement simple de juger des situations qui nous sont inconnues quand on vit bien au chaud en Suisse. Il est si facile de faire du tourisme accompagné par les 'guides' du régime, comme M. Béglé en Érythrée sans visiter les sordides prisons du régime (inaccessibles même à la Croix Rouge). Nier la réalité ne la fait pas changer et à chacun en son âme et conscience de prendre ses responsabilités.
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  • Francois Brutsch
    Francois Brutsch à 24.11.2018
    Il semble que les lecteurs qui ont fait leur commentaire
    sont tous d'accord. La naivete de nos responsables est
    effrayante. Ils doivent se poser la question de combien
    de logements il faudra construire, vu que l'ONU prevoit
    que l'Afrique aura une population de 5 milliards d'ici
    la fin du siècle. Il vaudrait mieux leur apprendre le
    planning familial en Afrique, souhaitable pour tout le monde.
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