Li-qui-da

Les syllabes du titre italien de ce livre forment un jeu de mots au sujet des trois chapitres du recueil. Li signifie «là» en italien, qui «ici» et Liquida peut être traduit par liquide, mais également par «il liquide» ou par l’impératif «liquide!». Le sens de la langue, ses sonorités et l’envie de jouer avec elle sont des constantes de toutes les histoires du livre d’Anna Felder. C’est uniquement dans le dernier récit que l’auteur dévoile le secret de Liquida en laissant le lecteur réfléchir au «liquide complexe».

Les histoires de la première partie du livre se déroulent en Suisse. Dans «Merlot im Tarnmantel», l’auteur raconte un voyage en train à travers le Gothard. La narratrice observe une femme qui a versé son Merlot dans une bouteille d’eau. Peut-être pour que les autres voyageurs ne se posent pas de questions sur sa consommation de vin, peut-être pour ne pas être dérangée en pensant au Tessin.

«Une petite balle sur la mer infinie: chez soi, entre les objets et les noms du quotidien, qui flottent encore un peu à la surface, avec prudence et discrétion. Le téléphone ne sonne plus de manière gênante...» Voici comment débute le récit «Madame Germaine», tiré de la troisième partie, dans lequel une femme vieillissante tente de vivre avec son audition déficiente. Il est amusant de découvrir tout ce que le passage de l’écouteur téléphonique d’une oreille à l’autre peut engendrer et comment cela peut modifier les perspectives. Ici, la mer devient le symbole du silence qui entoure de plus en plus Madame Germain.

Pour son 80e anniversaire, Anna Felder a rassemblé des histoires non publiées et retravaillées qui sont désormais également disponibles en français. L’auteur décrit un monde qu’elle connaît et observe avec intensité. Souvent marqués par la symbolique, les évènements du quotidien sont décrits dans des textes courts, toujours parcourus par une légère ironie. Chaque récit semble être conçu selon un long processus permettant, à la fin, de mettre en lumière de multiples facettes. Il s’agit de miniatures offrant un nouveau visage à chaque relecture.

Née en 1937, fille d’un Suisse allemand et d’une Italienne, Anna Felder a grandi à Lugano. Elle a étudié la littérature à Zurich et Paris. Ensuite, elle a enseigné l’italien à la Alte Kantonschule d’Aarau. Aujourd’hui, l’écrivaine habite à Aarau et Lugano. En février 2018, la Confédération suisse lui a décerné le Grand Prix suisse de littérature pour l’ensemble de son œuvre.

Ruth von Gunten

 

Anna Felder: «Liquida»; Edizioni Opera Nuova 2017; 110 pages; CHF 20.00

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