La nostalgie du Japon

Adolf Muschg a écrit son premier roman «Im Sommer des Hasen» («l’Eté du lapin») alors qu’il enseignait dans une université japonaise. Il n’a ensuite jamais pu se défaire du Japon et de sa culture.

Avec Yoko, l’étudiante japonaise en théologie, le Suisse puritain fait la «découverte d’un continent». Durant ces nuits sauvages et ces enlacements passionnés, il trouve ce qu’il ne connaissait pas: «l’unité, visible en profondeur, lorsque sa peau enrobait progressivement le corps étranger». L’auteur suisse, qui comme cinq autres, doit écrire un article sur le Japon pour la publication anniversaire d’un groupe suisse s’appelle Wilfried Buser. Par la même occasion, dans un monde encore inconnu, il découvre les délices et les excès de l’amour physique dans toutes ses dimensions.

L’histoire provient d’un roman inspiré lui-même par un séjour au Japon. De 1962 à 1964, l’auteur suisse Adolf Muschg, né en 1934, a enseigné l’allemand à l’International Christian University de Tokyo. Ce séjour ainsi que les histoires d’amour vécues ont inspiré le roman «Im Sommer des Hasen» qui a marqué en 1965 le début d’une œuvre littéraire. Celle-ci, avec des romans comme «Gegenzauber», «Ablissers Grund», «Das Licht und der Schlüssel», «Der Rote Ritter», «Eikan, du bist spät», «Löwenstern» et «Der weisse Freitag» publié en 2017, fait depuis longtemps partie des plus importantes de la littérature germanophone. Mais le Japon, pays dont le livre «Hansi und Ume» écrit par sa tante Elsa Muschg avait déjà fait naître chez lui une nostalgie lorsqu’il avait dix ans, ne lui a jamais laissé de répit et lui a finalement permis de réaliser le rêve qu’il portait en lui dès le départ: devenir lui-même dans ce pays. Zerutt, l’adversaire d’Albisser dans le roman du même nom, est un maître zen, et en 1985, Muschg passe quatre semaines dans un monastère zen près de Kyoto. Lorsque le roman «Im Sommer des Hasen» est adapté à l’écran en 1986, il tombe amoureux d’Atsuko Kanto lors du tournage. Celle-ci devient en 1991 sa troisième femme et il se familiarise réellement avec le Japon. Un pays ainsi qu’une expérience spirituelle et mystique qui, depuis, ont influencé son œuvre à de multiples égards. Pas seulement dans les livres dont le récit se déroule au Japon, comme le roman «Eikan, du bist zu spät», où un Européen atteint la libération et l’éveil spirituel avec le moine zen japonais Eikan, mais également dans d’autres où cela semble moins évident. Ainsi, après la parution de son chef-d’œuvre narratif, le roman sur Perceval «Der Rote Ritter», pour lequel il a reçu la plus haute récompense littéraire allemande, le «Büchner Preis», il a expliqué que ce roman n’existerait pas sans les trois maîtres zen Suzuki Taisetzu, Hisamatsu Shin-ichi et Harrada Sekkei. Mais Muschg a également jeté des ponts entre le Japon et l’Europe en mettant en relation le mysticisme japonais avec celui d’Angelus Silesius, Meister Eckart et Jakob Böhme. Une exploration théologique et littéraire grâce à laquelle il a perpétué le travail de son demi-frère Walter Muschg, décédé en 1965, qui avait déjà exploré «Le mysticisme en Suisse» en 1935. Par ailleurs, «Im Sommer des Hasen» devait tout d’abord être publié par la maison d’édition Walter-Verlag, basée à Olten. Mais c’est précisément l’épisode avec Yoko qui a semblé indécent aux propriétaires catholiques de la maison d’édition, si bien que le livre a finalement été publié par Arche-Verlag de Peter Schifferli, enchanté par sa sensualité.

charles linsmayer est spécialiste en littérature
et journaliste à zurich

 

«Dans les monastères, j’ai appris que l’on pouvait ne faire qu’un avec la vie, et avec son opposé apparent, la mort. Et que lorsque tout revêt la même importance, il n’existe plus rien qui ne soit pas important. C’est une chose que jusqu’alors, la politique la littérature, les discussions ou l’amour ne m’avaient pas apprise. Est-ce que pour cela il est nécessaire de vivre dans le monastère zen? Pour moi, cela a été nécessaire: en vivant une expérience qui m’a montré que l’évidence est compliquée, mais possible.»

(«Aussteigen? Einsteigen!», extrait de la «Frankfurter Rundschau», 24.8.1985.)

 

Bibliographie: «Im Sommer des Hasen» («L’Eté du lapin») est disponible en livre de poche chez Suhrkamp.

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