Seul à travers le monde

«Thomas et Astrid avaient couché les enfants et s’étaient assis avec un verre de vin sur le banc en bois devant la maison…» Cette famille de Suisse alémanique tout juste rentrée de ses vacances à la mer semble mener une existence paisible. Mais soudain, Thomas se lève, ouvre la porte du jardin et disparaît, tout simplement. Le lendemain, lorsque Astrid se rend compte que son mari ne reviendra pas, elle n’a pas d’autre choix que de continuer à vivre et à s’occuper de leurs deux enfants.

Dans son dernier roman «Weit über das Land», Peter Stamm parle du fait d’abandonner et d’être abandonné. Il imbrique habilement ces deux perspectives, explorées à travers les protagonistes Thomas et Astrid. Les phrases courtes et marquantes, typiques de Peter Stamm, sont représentatives des structures narratives, que d’hypothétiques possibilités tirées de l’imaginaire des deux personnages viennent élargir. Thomas, sans s’interroger sur la raison de son départ, marche toujours plus loin. Astrid reste au village, dans leur maison commune et doit bientôt renoncer à rechercher son mari. Tout en avançant toujours anxieusement, il est néanmoins ancré dans le paysage et dans son isolement. La description tout simplement formelle de la région qu’il traverse offre au lecteur de grands tableaux où la nature devient la métaphore de la liberté. Astrid, qui s’occupe activement du quotidien et des enfants qui grandissent, reste immuablement sur place.

Nous ressentons tous parfois le besoin d’échapper au quotidien et nous nous interrogeons sur le sens de notre vie. Ce roman ne livre aucune réponse, ne pose aucune question sur la morale ni ne juge l’action humaine. Il analyse la relation (amoureuse) entre mari et femme. Plus ils sont éloignés l’un de l’autre dans l’espace, plus leurs liens intimes se resserrent. Une tension se crée, qui ne se relâchera qu’après de nombreuses années. Nous laissons le lecteur découvrir comment au fil des pages.

Né en 1963, Peter Stamm a suivi un apprentissage commercial avant d’étudier pendant quelques semestres l’anglais, la psychologie et la psychopathologie. Après de longs séjours à Paris, New York, Berlin et Londres, il vit actuellement à Winterthour. Auteur indépendant, il a écrit depuis 1990 plusieurs pièces radiophoniques, pièces de théâtre, récits et romans. Son premier roman «Agnès» (1998) a été traduit dans plusieurs langues. Il fait partie des plus grands écrivains suisses d’aujourd’hui.

Ruth von Gunten

Peter Stamm:

«Weit über das Land», éditions S. Fischer, 2015. 222 pages, CHF 28.90, env. EUR 20.–

Commentaires (0)

Écrire un commentaire

La rédaction se réserve le droit de supprimer des commentaires discriminatoires, racistes, diffamatoires ou haineux ou de fermer la fonction commentaires de cet article.

Voilà cinq ans que le Conseil fédéral a annoncé la sortie du nucléaire. Mais les choses traînent en longueur. Aujourd’hui, une date de mise à l’arrêt...

En savoir plus

La Suisse est un pays actif en matière d’aide au développement, mais elle est à l’aube d’une prise de décision majeure. Cet été, le Parlement pourrait...

En savoir plus

Aucun autre courant artistique ne fut aussi enjoué et par ailleurs aussi agressif que le dadaïsme. En réponse à l’Europe en faillite et à la Première...

En savoir plus
Images
23/05/2016

Tic-tac d’antan

Les premières montres suisses ont été fabriquées à Genève. Elles étaient ouvragées, colorées et élégantes. Certains de ces trésors réalisés entre le...

En savoir plus
 

Auslandschweizer Organisation
Alpenstrasse 26
3006 Bern, Schweiz

tel +41 31 356 61 10
fax +41 31 356 61 01
revue@aso.ch