Elle a triomphé de Napoléon Bonaparte

La Genevoise Germaine de Staël a voyagé à travers l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre, et son salon fut un moment le cœur intellectuel de Paris.

«Deux nations européennes avaient mauvaise réputation: les Italiens et les Allemands. Je me suis efforcée de leur rendre leur juste réputation et leur rang intellectuel.» Germaine de Staël a écrit ces fières paroles en 1809. Avec le succès phénoménal de son roman «Corinne ou l’Italie», elle avait déjà tenu la première moitié de cette promesse en 1807. Issu d’un voyage romantique en Italie aux côtés d’August Wilhelm Schlegel, ce livre, dans sa première partie, présente au lecteur, avec un romantisme exacerbé, la culture, l’histoire et les populations d’Italie. Dans sa deuxième partie suit l’histoire d’amour entre Corinne, ravissante voyageuse en Italie, et un lord anglais, jusqu’à sa fin mélancolique.

Son livre «De l’Allemagne», qui devait corriger l’image de l’Allemagne aux yeux des Français et lancer le romantisme en France, s’inspire lui aussi d’un voyage que Germaine de Staël avait effectué en 1803 et 1804 en compagnie de Benjamin Constant à Berlin et Weimar, dans la sphère d’influence de Goethe et de Schiller. Avant la parution de ce livre prévue à Paris en 1810, cependant, la police est intervenue sur ordre de Napoléon: elle a fait détruire le manuscrit et les plaques d’imprimerie et obligé son auteur à se retirer dans sa propriété genevoise de Coppet. De là, elle a pu organiser une fuite pleine d’aventures vers Londres, où «De l’Allemagne» a paru en 1813.

La conscience libérale de l’Europe

Née à Paris le 22 avril 1766, Germaine de Staël, la grande dame de la révolution française, fille du millionnaire génie de la finance genevois Jacques Necker, était tout l’inverse d’une écrivaine inoffensive. Alors même que les plus grands hommes courbaient l’échine devant Napoléon, ses relations, son génie intellectuel et sa ténacité à toute épreuve ont fait d’elle l’une des plus influentes opposantes de ce dernier. Face au puissant dictateur, et grâce en partie au succès de ses livres, elle incarnait d’une certaine façon la conscience libérale de l’Europe. «De l’Allemagne», hommage à l’Allemagne des poètes, était en fait une protestation magistralement camouflée envers la répression culturelle en France. «Corinne» a excédé d’autant plus Napoléon que, bien qu’il soit paru en 1805, l’année de son couronnement en Italie, ce roman ne daigne pas mentionner le général ni ses victoires.

Et pourtant, contre toute attente, l’esprit et le charme ont triomphé de la violence. Quand, le 14 juillet 1817, Germaine de Staël fut arrachée à 50 ans à une vie pleine d’animation, de passion et de sensualité vécue, elle avait rouvert depuis longtemps son salon parisien avec l’éclat d’antan alors que Napoléon était banni à vie à Sainte-Hélène. Celui-ci y confia d’ailleurs un jour à son proche Las Cases que sa défunte rivale et sa «Corinne» ne le laissaient pas en paix: «Je la vois, je l’entends, je la sens, je voudrais y échapper, je jette le livre. Mais je vais persévérer, car je pense quand même qu’il s’agit d’une œuvre intéressante.»

 

charles linsmayer est spécialiste en littérature et journaliste à Zurich

 

 

Bibliographie:

«De l’Allemagne» est disponible sous forme d’extraits dans le cadre du projet Gutenberg des éditions Spiegel. «Corinne ou l’Italie», traduit par Dorothea Schlegel, est disponible aux éditions Tredition de Hambourg.

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