Mariage de raison

La réédition augmentée du livre de Christophe Büchi, correspondant de la NZZ en Suisse romande de 2001 à 2014, tombe à pic. En ces temps de débat sur l’enseignement de la langue française dans les écoles primaires alémaniques, il n’est pas superflu de se pencher sur les liens qui ont fait la Suisse, et donc sur les failles qui pourraient s’élargir entre les régions. Ainsi celle consécutive au refus en votation populaire de l’Espace économique européen en 1992, «aboutissant à une division profonde du pays», estime l’auteur.

Le «Mariage de raison» est un ouvrage érudit, rédigé dans une langue efficace et parfois drôle. Il fourmille d’idées et rend son lecteur intelligent, car chacun possède des bribes de l’Histoire suisse, que Büchi réunit pour nous parler du pays tel qu’il se présente aujourd’hui. L’auteur n’est pas un nationaliste, pourtant, le récit des batailles gagnées par les Waldstätten, devenus Confédérés, contre de grandes puissances européennes – comme Morgarten (1315) et Sempach (1388) – ne va pas sans créer une certaine émotion. L’entêtement, la soif d’indépendance et le courage de nos ancêtres forcent le respect.

Au-delà du récit historique et de l’analyse politique, l’ouvrage du journaliste alémanique est un hommage aux vertus du multilinguisme. Il explique pourquoi les Alémaniques ont choisi l’allemand comme écriture (c’est un legs de la Réforme) tout en conservant leur dialecte, là où les Romands ont abandonné le franco-provençal pour adopter la langue d’oïl, celle des rois de France. Cette langue, parée du prestige de la France, permettra, et devrait encore permettre, de compenser la position minoritaire des Romands dans le pays, juge Büchi. A condition que les Alémaniques continuent à l’apprendre et que par ailleurs ils continuent eux-mêmes à utiliser le «Hochdeutsch». Les Romands qui l’ont – un peu – apprise, attendent qu’elle soit utilisée avec eux par leurs cousins alémaniques. «Le multilinguisme, c’est l’idée suisse par excellence», conclut le journaliste.

Mariage de raison. Romands et alémaniques. Une histoire suisse. Christoph Büchi; Editions Zoé, 2015; 455 pages; CHF 30.-

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Commentaires (1)
  1. Madeline Madeline at 19.07.2015
    total einverstanden mit Buchi. Die Deutschschweizer sollen auch weiterhin Franzosisch lernen und bereit sein mit den Romands Hochdeutsch zu sprechen

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