Objectivité, assurance et empirisme: Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération

Depuis plusieurs années, Simonetta Sommaruga, pianiste, joue sa partition politique avec virtuosité. En tant que présidente de la Confédération en 2015, la cheffe du Département fédéral de justice et police a des dossiers brûlants entre les mains.

Septembre 2013: à Berne, le Parti socialiste suisse célèbre ses 125 ans d’existence par une grande fête populaire. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre: d’ici à quelques minutes, le Centre culturel «Progr», tout proche, sera le théâtre d’une surprise. La salle est pleine à craquer, la curiosité omniprésente. Les deux conseillers fédéraux socialistes, Sommaruga, ministre de la Justice, et Alain Berset, ministre de l’Intérieur, montent alors sur scène et s’installent derrière le piano pour enthousiasmer le public en interprétant une pièce à quatre mains. Tous deux de noir vêtus: Simonetta Sommaruga porte une longue robe de soirée, Alain Berset un smoking et un nœud papillon. 

Une représentation plutôt digne des salles de concert classiques de la tradition bourgeoise que d’une fête populaire socio-démocrate. Mais Simonetta Sommaruga, pianiste de formation, ne craint pas le contact. Discrète et élégante, elle n’effarouche pas non plus les représentants du peuple les plus conservateurs. Ce fut d’ailleurs l’un de ses avantages décisifs lors du remplacement du conseiller fédéral démissionnaire Moritz Leuenberger, en septembre 2010, face à sa concurrente, la conseillère nationale socialiste zurichoise Jacqueline Fehr.

Une ministre objective face à des dossiers à forte charge émotionnelle 

La répartition des départements s’est révélée plus chaotique que l’élection: Simonetta Sommaruga a dû, malgré elle et contre le souhait de son parti, reprendre le Département fédéral de justice et police (DFJP), ce qui a suscité les vives protestations du président du PS, Christian ­Levrat. Il apparaissait alors déjà clairement que le DFJP – terrain politique miné s’il en est – n’est guère l’institution à la tête de laquelle on recueille des lauriers. Il est plutôt celui des initiatives populaires acceptées par le peuple aux multiples problèmes de mise en œuvre, sans oublier les dossiers liés à la politique en matière d’asile et de migration, à forte charge émotionnelle, désormais aussi entre les mains de Simonetta Sommaruga. Pourtant, bien que l’application de l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse votée en février 2014 s’apparente à une mission herculéenne, la conseillère fédérale fait avancer à grands pas la res­tructuration de la situation des réfugiés: en septembre, le message à l’intention du parlement sur la grande réforme de l’asile, dont le principal objectif est l’accélération des procédures, était accepté. Dans cette optique, six centres d’hébergement fédéraux doivent être créés. La recherche de sites devait, conformément à la planification, être terminée à la fin de l’année passée. Elle se révèle toutefois plus compliquée.

Mais les difficultés semblent stimuler la nouvelle présidente de la Confédération, qui ne laisse transparaître ni émotions, ni tension, même dans les situations délicates. Au contraire, elle dégage toujours autant d’objectivité que d’assurance, ainsi qu’un calme révélateur d’une faculté de concentration hors norme. Il en va de même lors de chauds débats publics, où son émotion se traduit tout au plus par un tressaillement des muscles du visage à peine perceptible. Comme lorsqu’elle ne mâche pas ses mots: elle garde en permanence une amabilité quelque peu distante.

L’éternelle quête de la perfection

La nouvelle présidente de la Confédération est aussi une virtuose du réseautage, capable de prendre ses décisions en tenant compte de tous les aspects et de chercher sans répit le compromis. Dans la défaite, elle réagit comme l’élève modèle, ou, plus exactement, comme une musicienne en quête éternelle de perfection: elle reprend depuis le début, réfléchit à nouveau sur le dossier, cherche une nouvelle approche. 

Elle n’est certes plus pianiste depuis longtemps, mais n’a pas complètement abandonné son instrument. A titre professionnel, elle a longtemps été directrice, puis présidente de la Fondation pour la protection des consommateurs, ce qui l’a fait connaître et l’a rendue populaire dans de larges couches de la population. De 1997 à 2005, elle a acquis une certaine expérience de l’exécutif dans la commune de Köniz (agglomération bernoise), siégeant en outre au Conseil national à partir de 1999. En 2003, sa grande popularité lui a permis de décrocher pour le PS un des deux sièges bernois aux Conseil des États, qui ont toujours été en mains bourgeoises si l’on excepte un bref intermède dans les années 50. 

Âgée de 55 ans, cette politicienne qui a grandi en Argovie, aujourd’hui mariée à l’écrivain Lukas Hartmann, n’est pas pour autant une militante inféodée à son parti. Bien au contraire: corédactrice du Manifeste du Gurten en 2001, elle y a plutôt longtemps été considérée comme une putschiste. Ce document de la gauche libérale remettait en question divers principes sociaux-démocrates et situait le réservoir d’électeurs du PS plutôt au centre qu’à gauche, ce qui avait rendu furieux plusieurs camarades et ténors du parti, qui y voyaient une «allégeance néo-libérale» à la droite. Simonetta Sommaruga avait alors subi une certaine forme de mépris. Le PS ne pouvait toutefois pas ­ignorer sa popularité et en a tiré profit plutôt intelligemment. Simonetta Sommaruga y a gagné sa réputation d’indépendance politique.

Jürg Müller est rédacteur à La «Revue Suisse» 

Commentaires (4)
  1. Markus Immer Markus Immer at 22.01.2015
    Herr Mueller - was Sie da geschreiben haben ist wohl Ihre persoenliche Meinung. Die Fakten liegen aber anders.
    Nicht Respektierung des Souveraens, Arbeitsverweigerung, nicht Umsetzung von demokratisch zustandegekommenen Beschluessen, faule Tricks die die CH in die EU zwingen sollen etc. Frau Sommaruga ist eine Hardline-Sozialistin mit klaren Zielen; das absolute Sozialstaat-Diktat(a la DDR)und die EU Mitgliedschaft der Schweiz.
  2. Robert Schlemmer Robert Schlemmer at 26.01.2015
    Diesen Schwachsinn von Hr. M.I. muss man nicht kommentieren.
  3. Rieder Rieder at 27.01.2015
    Was Herr Immer sehr milde ausdrückt, trifft zu, nebst vielen anderen Dingen, die einen sauer aufstossen lassen. Klar, mir wäre es auch lieber, es handle sich um Schwachsinn, tut es aber nicht.

    Ein weuteres Uebel ist, dass der Bundesrat beu wichtigen Verhandlungen im Voraus einknickt, das Schweizer Volk und dessen Wille nicht umsetzt. Er gibt insgesamt, und vor allem Sommaruga, einen erbärmlichen Eindruck ab.
  4. Erwin Wiedemeier Erwin Wiedemeier at 27.01.2015
    Hinter einem lächeln kann man sich natürlich gut verstecken. Tatsache bleibt, das Volk bestimmt, aber der Bundesrat geht darüber hinweg. Dabei sieht jedermann, das die EU das Diktat gibt und viele Länder zu Grunde gehen. Gott wird aber das letzte Wort haben.

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