
tout voyageur est disert, comme les cinq Suisses et sept Suissesses l’ont été à propos de leurs missions humanitaires dans le recueil «Die andere Seite der Welt» [L’autre côté du monde]. Actifs dans le secours d’urgence, l’aide au développement ou les deux, tous ont en commun la volonté d’aider et la soif d’aventure, ainsi que, troisième «compétence clé», le sens de la négociation dans d’autres cultures. Chaque longue interview a débouché sur des récits et réflexions à la première personne, relatant souvent des situations aventureuses et menaçantes, ou «juste» du travail journalistique (Al Imfeld avant son engagement de missionnaire au développement, Andrea König après ses années au CICR). Près de la moitié des portraits sont ceux d’anciens délégués du CICR, souvent en mission au coeur des conflits. Ces entretiens – ne partie d’un «projet d’histoire orale» – ne portent aucun regard critique et se limitent aux principales informations complémentaires.
Outre l’aventure, cet ouvrage très accessible – même pour les jeunes – révèle les différentes motivations des personnes engagées, leurs méthodes et leurs relations avec les autochtones et la centrale en Suisse. Ainsi, bien que secourables en cas de crise, le CICR à Genève et la DDC (Direction du développement et de la coopération) à Berne ne semblent pas toujours comprendre la situation sur place. «Aujourd’hui, on ignore la réalité durant la moitié de la journée pour se concentrer sur les e-mails de Berne», dit Martin Menzi, agronome, se souvenant de l’«âge d’or» où il était responsable de projet – très autonome – en Inde. D’autres portraits, Annick Tonti, Erich Ruppen et Peter Arbenz, portent sur le développement. Le récit d’Antonella Notari, ancienne déléguée du CICR, particulièrement touchant, notamment parce que son partenaire a été mortellement blessé sous ses yeux en Somalie. Carlos Bauverd, Beat von Däniken et Jacques Moreillon, ses collègues de la Croix-Rouge, évoquent aussi des épisodes pesants et impressionnants, surtout des visites de prisonniers. Les deux doyennes, Verena Fiechter, engagée par la «Basler Mission », et Anna Wicki, soeur Maria-Paula du couvent de Baldegg, reviennent sur leur longue expérience de responsables d’hôpital. Elles reçurent des noms honorifiques indigènes, même si un infirmier dit à l’une d’elles, alors fâchée du désordre ambiant: «Maman, tu ne seras jamais comme nous, tu as d’autres chromosomes.» Elle le prit comme une consolation.
Deux autres nouvelles parutions éclairent la politique de développement suisse. «Gemeinsam unterwegs. Eine Zeitreise durch 60 Jahre Entwicklungszusammenarbeit Schweiz-Nepal» [En route ensemble: un voyage dans le temps à travers 60 ans de coopération au développement Suisse Népal], offre une description et une documentation chronologiques et thématiques. Ce livre est publié aux éditions Haupt, qui proposent un autre ouvrage semi-officiel de plusieurs auteurs: «Im Dienst der Menschheit – Meilensteine der Schweizer Entwicklungszusammenarbeit » [Au service de l’humanité – les étapes de la coopération suisse au développement]
DANIEL GOLDSTEIN
THOMAS GULL, DOMINIK SCHNETZER: «Die andere Seite der Welt. Was Schweizerinnen und Schweizer im humanitären Einsatz erlebt haben» [L’autre côté du monde – les expériences de Suissesses et Suisses engagés dans des missions humanitaires]. hier+jetzt, Baden 2011. 272 pages, CHF 42,–