La fabrique à idées secrète

Esoro développe les voitures de demain, ainsi qu’un camion à hydrogène.

Le camion non polluant du fabricant suisse Esoro livre depuis peu les filiales Coop avec des produits frais. Photo Keystone

Presque tout ce que produit Esoro à Fällanden est secret, et le reste pendant des décennies. C’est la raison pour laquelle presque tout y est invisible. La société est rarement visible, mais on peut apercevoir ses camions-remorque construits par Esoro qui livrent les filiales du grand distributeur Coop en Argovie. Ce camion repose sur un concept inédit en Suisse. Il fonctionne avec de l’hydrogène produit par une centrale hydroélectrique en Argovie. Une pile à combustible, sorte de centrale électrique embarquée, produit de l’électricité en continu et charge une batterie. L’énergie nécessaire pour l’accélération provient de la batterie, bien plus petite que dans une voiture électrique. Le camion ne rejette aucune émission polluante et ne nécessite pas un long temps de charge. Un critère déterminant pour pouvoir intégrer les systèmes de propulsion alternatifs dans les parcs de camions. L’été dernier, le camion-remorque a obtenu l’homologation de l’Office de la circulation routière de Zurich.

Des décennies de recherche

«Nous sommes là pour développer des projets exigeants, complexes et interdisciplinaires», explique Diego Jaggi, CEO d’Esoro. Il cultive depuis très longtemps sa passion pour les projets utopiques à roues. Il a commencé avec le «Tour-de-Sol», la légendaire course de véhicules solaires qui faisait le tour de la Suisse dans les années 80, puis dès 1990, créé une entreprise reposant sur ce concept. Esoro fait ainsi partie de l’industrie automobile suisse, vaste mais largement méconnue, qui emploie 34 000 collaborateurs et génère un chiffre d’affaires annuel de CHF 16 milliards. «Nous devons nous maintenir dans le secteur», explique Diego Jaggi, «en dépit des nombreux obstacles que nous rencontrons en Suisse». Avec le cours élevé du franc suisse mais aussi les droits de douane, tout est plus cher et plus compliqué. Et parvenir à obtenir les papiers nécessaires pour l’homologation d’un nouveau véhicule est tout un art. Diego Jaggi pense qu’à elles seules, les démarches administratives pour l’homologation routière représentent près de 20 % du coût de construction et de développement des camions équipés de piles à combustible, à condition qu’elles ne soient pas faites pour la première fois. Sinon, c’est dix fois plus cher.

Enfin, pour pouvoir conduire avec le numéro blanc tant prisé, Esoro dépend de la bonne volonté des offices de la circulation routière. Car pour l’administration aussi, la charge de travail pour un seul camion est très importante. Les autorités auraient tout intérêt à déceler le moindre défaut de conformité afin de ne pas délivrer l’homologation. Ça n’a pas été le choix de l’office de la circulation routière de Zurich. Les experts ont étudié attentivement la thématique et ont collaboré de manière constructive.

Un 19 tonnes homologué

Le camion Esoro est le premier en Suisse à avoir été certifié conforme aux dispositions relatives aux véhicules utilitaires non polluants. En Suisse, le tonnage autorisé des camions est de 18 tonnes et en UE, de 19 tonnes. Mais la Suisse autorise pour les véhicules équipés d’une propulsion alternative un poids de 19 tonnes. Pour être fabriqués en série, ils devraient toutefois subir une longue série d’adaptations pour se conformer aux besoins de la production de masse.

Pour Esoro, chaque camion doit avoir une apparence parfaite. Il y a plusieurs années, lors de la présentation d’une première voiture à hydrogène au Salon de l’automobile de Genève, un grand dirigeant de Volkswagen avait dit à Diego Jaggi: «C’est gagné». Autrement dit, le modèle était parfait. Les prototypes de Rinspeed qu’Esoro construit régulièrement pour l’entrepreneur zurichois Frank Rinderknecht sont également parfaits. Amphibies, équipés de fonctions nautiques ou bien véritables hydroptères, ils sortent toujours des hangars secrets de Fällanden. Ces prototypes Rinspeed peuvent sembler absurdes mais bon nombre des concepts développés ici sont repris plus tard dans les voitures de série. Car Esoro travaille toujours sur la génération automobile du futur, ce que l’on appelle le prédéveloppement. Un domaine où la société peut réfléchir et imaginer, en toute liberté.

Andreas Schwander est journaliste indépendant et consultant à Bâle

Commentaires (7)
  1. Fritz Watt Fritz Watt at 21.03.2018
    Was für ein unqualifizierter Artikel. In dieser Techgnologie wurde rein gar nichts "erfunden". Brennstoffzellen wären super-grossartig, aber leider gehen bei der der Hin- und Her-Umwandlung 60% verloren und das ist nicht akzeptabel! Spart Eure Elogien für den Tag, an dem dieses Problem gelöst ist. Lange wird es - hoffentlich - nicht mehr dauern.
  2. Dr.Ute von der Heyde Dr.Ute von der Heyde at 22.03.2018
    Na endlich eine Alternative für die Zukunft.
  3. Moritz Steiger Moritz Steiger at 22.03.2018
    Interesting to hear about Hydrogen power which seems to have been supplanted in development terms by electric or battery power. If we can get over the initial development and production costs it looks to be a better solution that just electric battery which looks to be storing problems for the future with a huge problem in what to do with spent batteries.
  4. Jen le Grand Jen le Grand at 23.03.2018
    Schade das diese Technologie nicht überleben wird, da sie zu kompliziert ist. Man kann sich ja kaum vorstellen das so eine Anlage "zu Tanken", zu Hause oder auch auf langen Strecken plausibel ist. Die Technologie (Infrastruktur) ist viel zu teuer mit Elektrizität verglichen.
  5. John Bosshard John Bosshard at 23.03.2018
    Fantastic that the Swiss have come up with this! I know that hydrogen is the fuel of the future the sooner we get more hydrogen fueled vehicles the better the world will be. I have thought about this for well over 20 years. Every city, town and village has to have electric and water so hydrogen can be produced everywhere and produced during low peak electricity hours and stored. The pollution is distilled water! Who can argue with that? Probably the oil companies, the biggest polluters of the world!
    1. Jean le Grand Jean le Grand at 27.03.2018
      This will not happen for the simple reason, it to be WAY too expensive to build such an infrastructure. You could never live "off grid" with this technology. 18 years ago In India alone 260 million people were living off the grid. Why generate electricity than use electricity to generate hydrogen??? Seems backwards to me. :-)
  6. Erwin Balli-Bautista Erwin Balli-Bautista at 28.03.2018
    Das funktioniert doch nicht einmal in der Theorie. Wie stellen sich diese Leute doch nur das erforderliche Tankstellennetz vor?
    Wer, ums Himmels willen, soll diese gigantische Infrastruktur aufbauen. Da wird etwas entwickelt ohne dass die notwendigen Grundlagen vorhanden sind

Écrire un commentaire

La rédaction se réserve le droit de supprimer des commentaires discriminatoires, racistes, diffamatoires ou haineux ou de fermer la fonction commentaires de cet article.
En profondeur
21/03/2018

À chaque quartier sa bière

Un doux bruit de capsule qui saute et la bière coule dans le verre, libérant des petites bulles qui remontent à la surface pour former de la mousse....

En savoir plus

La Banque nationale suisse n’a pas le monopole de l’émission de monnaie. Les banques commerciales peuvent également créer de l’argent, mais une...

En savoir plus

La Suisse a envisagé d’octroyer à l’UE pour la deuxième fois 1,3 milliard de francs pour le développement des pays membres les plus pauvres. Mais les...

En savoir plus

Il y a cinquante ans, en Suisse aussi, le moment de changer le monde en profondeur semblait venu. Et Fritz Osterwalder a vécu les évènements de 1968,...

En savoir plus
 

Auslandschweizer Organisation
Alpenstrasse 26
3006 Bern, Schweiz

tel +41 31 356 61 10
fax +41 31 356 61 01
revue@aso.ch