Du haut de la montagne, Marc Trauffer transgresse les codes en douceur

Cela commence par une montée à l’alpage, on entend le pas des vaches, un meuglement occasionnel, une cloche qui résonne çà et là. Et lorsque des voix entonnent un jodle mélodieux, plus aucun doute, on sait où se trouve Marc Trauffer: à la montagne, dans un décor fidèle aux représentations typiques de la Suisse. Un endroit où le «Schnupf, Schnaps + Edelwyss», titre du nouvel album de l’artiste bernois, a toujours résisté aux assauts du «Sex, Drugs and Rock’n’Roll».

Les fans du chanteur de 39 ans lui pardonneront d’avoir renié le rock façon «Schnee vo Geschter» dans la chanson-titre de l’album et d’utiliser pourtant ses codes dans plus de la moitié de ses nouvelles chansons: dans le titre «Dä mit de Chüe», la guitare électrique répond à l’accordéon au son d’un groove endiablé, comme l’avait si bien fait à la fin des années 80 le chanteur autrichien Huber von Goisern en mariant le rock à la musique alpine. Toutefois, Marc Trauffer ne s’arrête pas là, puisqu’on retrouve, dans le même morceau, des airs des Blues Brothers, du cor des Alpes et du tympanon. Et bien sûr, le sixième album du chanteur de Brienz fait la part belle au jodle.

On ne peut pas reprocher à Marc Trauffer de ne rien faire de sa vie. Depuis «Alpentainer», il enchaîne les records en solo, après plusieurs succès avec «Airbäg», son ancien groupe. L’album avait fait son entrée dans le Top 50 suisse en 2014 et y était resté trois ans, tandis que l’album suivant, «Heiterefahne», sorti en 2016, est resté sept semaines en tête du hit-parade. Seuls les singles ont eu jusqu’à présent du mal à cartonner, à l’image de «Geissepeter», qui ne s’est hissé qu’à la huitième place en décembre dernier.

Outre un rock folklorique déchaîné, «Schnupf, Schnaps + Edelwyss» propose aussi quelques ballades et une bonne dose de reggae mêlé à des sonorités alpines. Marc Trauffer abolit les barrières, que ce soit dans la musique ou le texte, car il veut parler à tout le monde, au-delà des frontières régionales. Ainsi, dans «Bier & Cervalat», il déguste sa saucisse de manière fort diplomatique avec un «Tube Sänf oder au nid» («un tube de moutarde ou pas»). On trouve plus d’impertinence dans son limerick «Obsi oder Nizi», où il plaisante de façon très réussie «en mode Peach Weber». Une chose est sûre: le chemin que suit Marc Trauffer est un chemin qui va vers le haut («obsi»).

Stefan Strittmatter

Trauffer: «SCHNUPF, SCHNAPS + EDELWYSS», ARIOLA/SONY, 2018.

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