Le moment idéal

Martina Hingis, qui a très tôt gravi les sommets du tennis, est tombée dans les affres du dopage, pour renouer finalement avec le succès et la reconnaissance. Elle met aujourd’hui fin à sa carrière.

Le dernier coup est joué. Martina Hingis, ici lors d’un entraînement avec l’équipe suisse de la Fed Cup 2016, souhaite désormais prendre du recul. Photo Keystone

Martina Hingis a refait le tour du monde pendant quatre ans. La sportive suisse la plus célèbre a pu goûter aux plaisirs de la célébrité et à ses avantages, mais aussi aux joies des victoires face à un public en liesse, avant de se retirer fin octobre, non sans créer la surprise. Ce n’est pas la première fois qu’elle annonce son départ, mais cette fois, le temps semble enfin venu et personne ne croit vraiment à un retour possible.

«Tôt ou tard, ce jour arrive», a-t-elle déclaré. Rien d’étonnant lorsque l’on connaît le destin de cette sportive de 37 ans, jalonné de réussites et d’échecs, qui parvient finalement à se hisser à la tête du classement mondial en double. La boucle est bouclée: en 1994, lorsqu’elle fait ses débuts dans le monde du tennis professionnel, Martina Hingis est une simple adolescente avec un appareil dentaire. Son démarrage est pourtant fulgurant. Vingt-trois ans plus tard, la grande dame du circuit professionnel de tennis se hisse à nouveau au sommet. C’est ainsi que les grands sportifs achèvent leur carrière. «C’est le moment idéal», déclare Martina Hingis.

À 16 ans, elle devient la plus jeune joueuse No 1 de l’histoire

Lorsqu’elle décide pour la première fois de s’éloigner des courts de tennis en 2003, c’est encore trop tôt. Dès l’enfance, elle dédie sa vie à ce sport international, sous la houlette de sa mère et entraîneuse Melanie Molitor. Alors que, très rapidement, Martina Hingis montre des capacités hors du commun, pour cette jeune fille qui grandit dans la vallée du Rhin, se faire un nom parmi les meilleurs joueurs n’est pas une évidence. Combien de jeunes espoirs n’ont pu résister à la pression trop élevée? Martina Hingis franchit pourtant avec succès les obstacles: à 16 ans, elle devient la plus jeune joueuse No 1 du monde. Les années suivantes, elle dispute des matches qui entreront dans l’histoire du tennis. En 1999, la finale de Roland-Garros fait date: ignorant les règles d’usage, elle rejoint Steffi Graf sur le court pour vérifier si la balle est bien sortie du terrain. Anéantie par sa défaite, elle sort du court sous les huées du public. Mais aujourd’hui, elle en rit: «À cet âge, on fait des choses que l’on ferait mieux de ne pas faire.»

Martini Hingis n’avait pas une puissance athlétique aussi grande que celle de Steffi Graf, connue pour sa force de frappe incomparable, mais l’intelligence de son jeu et sa grande palette technique lui ont permis des années durant de se hisser au sommet du tennis. Pourtant, âgée de 22 ans seulement, elle annonce sa retraite. Personne ne comprend une telle décision et elle-même semble également hésitante. Mais Martina Hingis revient rapidement à la compétition. Son come-back se déroule sans problème, elle remporte trois tournois et figure à nouveau parmi les dix meilleures joueuses du monde. Puis, de nouveau, elle décide de mettre fin à sa carrière, pas entièrement de son plein gré. Lors d’un contrôle antidopage au tournoi de Wimbledon, elle est contrôlée positive à la cocaïne et suspendue pendant deux ans. Certains médias s’emparent de l’affaire avec cruauté, moquant son impertinence et son goût pour la cocaïne. Cet épisode ternit considérablement son image, même si elle considère aujourd’hui qu’à l’époque, elle continuait d’être appréciée dans son milieu.

La presse ne s’intéresse alors plus à la Suissesse que pour ses histoires de couple. En tant que coach sportif, elle ne rencontre pas vraiment le succès escompté. Mais les joueuses avec lesquelles elle s’entraîne disent alors d’elle qu’elle pourrait encore battre les meilleures.

Nouveau come-back et troisième départ à la retraite

Elle veut en avoir le cœur net et prend alors la meilleure décision de sa carrière: en 2013, Martina Hingis revient dans la compétition, uniquement en double et en double mixte. Elle marque alors des points, sur les courts et dans le cœur du public. Elle apparaît détendue comme jamais auparavant, dans son jeu mais aussi dans sa vie personnelle. Soupçonnée autrefois de n’avoir aucun plaisir au jeu et de ne faire qu’appliquer à la lettre les directives de sa mère, la trentenaire fait alors voler en éclats les reproches de ses détracteurs. L’ancien enfant prodige s’est muée en une femme mûre, en paix avec elle-même et avec le monde, qui regagne enfin l’estime de tous et est intronisée au Hall of Fame des meilleures joueuses de tennis au monde. Parallèlement à cela, elle fête plusieurs victoires sportives.

Aujourd’hui, après 23 ans et 25 titres en Grand Chelem, elle se retire de la compétition. Mais pour elle, «la vie ne s’arrête pas là». Elle souhaite désormais se consacrer à ses chevaux, faire des apparitions sur les courts de tennis de sa mère, et avant tout: «prendre du recul». Et la vie de famille? Elle vit en couple avec le médecin Harry Leeman. Quant aux enfants, elle y pense.

Andreas W. Schmid est experte de tennis et journaliste au journal Coopération

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